Actus FNAS

Interview de René MALLE
Négociateur CCNT 66

•Des explications par questions/réponses•
- 11 juin 2009

Au travers de cette interview, on trouvera les arguments portés par la Délégation au nom de la FNAS F-O aux négociations de la CCNT 66


Les employeurs négocient officiellement dans le cadre de l’amélioration de la CCNT 66. Ont-ils réellement abandonné leur projet de révision du 05/12/3008 ?

Non, les employeurs n’ont pas abandonné leur projet du 05/12/2008. Ils ont seulement été obligés de changer de stratégie à cause de la mobilisation très importante des salariés ces derniers mois.

De leur point de vue, ils ont besoin d’une Convention Collective qui leur permette de baisser le coût du travail et cela en prévision de la mise en place des ARS, de la mise en concurrence des établissements, de la mise en place des CPOM et autres groupements d’établissements, des appels d’offres ou de la non opposabilité éventuelle des accords collectifs conventionnels nationaux.

Pour faire baisser le coût du travail, il leur faut « déqualifier », donc en finir avec le cadre actuel de la CCNT66, qui s’est construite sur les qualifications, les diplômes nationaux reconnus et spécifiques au secteur, sur une progression des salaires à l’ancienneté.

Pourquoi FO se prononce clairement contre la mise en place des filières, dans les négociations paritaires ?

Pour nous, combattre les filières est essentiel. La CCNT66 a été construite autour des métiers qualifiants spécifiques au secteur médico-social (AS, ES ...) elle s’est construite en intégrant de nouveaux secteurs dans des annexes.

La CCNT 66 n’est pas parfaite, notamment pour les CT qui n’existent pas pour les salariés de l’annexe 10 (secteur adultes), mais globalement, elle reste l’une des seules CCNT, en France, à ne pas retenir d‘éléments classant dans le salaire et elle propose une évolution des salaires conséquente lié à l’ancienneté du salarié.

Pour détruire cette CCNT de l’intérieur, il faut donc en finir avec sa structure, son squelette. C’est-à-dire avec les Annexes d’où le terme de filières qui apparaît dans les négociations, comme par miracle, sans qu’on en définisse clairement les contours.

Voilà pourquoi les filières sont proposées par les employeurs et la CFDT : Pour détruire les annexes (la CFDT l’écrit) et donc détruire la CCNT 66 telle qu’elle est aujourd’hui.

Il faut aussi se dire que si les filières étaient mise en place, les salariés classés dans les filières « administratif, services généraux et logistiques » seraient particulièrement en position de faiblesse.

Il serait facile de leur supprimer, par exemple, les congés trimestriels ! N’oublions pas que la suppression des CT est l’un des objectifs des employeurs ce qui leur permettrait de faire baisser le coût du travail.

Donc, en fait, dans ces négociations, nous avons le choix entre le maintien des « annexes et qualifications », ou l’instauration des « filières et emplois déqualifiés » ?

Oui tout à fait ! La nouvelle stratégie « allégée » des employeurs consiste à signer un accord avec les négociateurs syndicaux de salariés pour améliorer la CCNT et non plus la réviser.

En réalité, depuis 3 ou 4 séances de négociations, ils avancent l’idée des filières et des soi-disant nouveaux emplois.

Avec l’aide de la CFDT, et peut-être l’espèrent-t-ils, avec le soutien de deux ou trois syndicats, les employeurs ont aujourd’hui l’espoir de remplacer les annexes par des filières en y intégrant au minimum deux ou trois autres emplois déqualifiés, tels que des agents, des auxiliaires ou des chargés éducatifs, ou encore des agents de soins, de médiation, de rue, etc.

Je le dis aujourd’hui, cette logique qui paraît anodine est, dans les faits, redoutable car, avec la disparition du cadre existant des Annexes, nos droits collectifs seraient menacées et à terme toute la Convention Collective.

En introduisant ne serait-ce que 2 ou 3 de ces emplois éducatifs non qualifiés, la marche forcée vers la déqualification et la baisse du coût du travail serait définitivement engagée.

C’est le principe d’une délocalisation à l’échelle Nationale qui nous est proposée. Les négociateurs CFTC, CGC et peut-être aussi d’une certaine manière la CGT, ne mesurent pas, me semble-t-il, tous les dangers de cette nouvelle stratégie employeur. Ils pensent être en position de force face aux employeurs mais de mon point de vue, ils se trompent lourdement.

Dans ces négociations, y a-t-il une guerre de la communication ?

Oui et les employeurs y mettent beaucoup d’énergie et de stratégie.

Par exemple, ils font croire que tous les syndicats seraient d’accord avec les filières, ce qui est parfaitement faux.

Autre exemple. Sous prétexte de faire l’inventaire des métiers et emplois existants, ils nous listent plus d’une vingtaine de « faux-emplois » éducatifs qui ne nécessiteraient aucune qualification.

En échafaudant une telle liste sans aucune qualification, ils espèrent en intégrer 2 ou 3 à la CCNT et le tour serait joué.

Face à cette stratégie élaborée, nous ne devons pas être naïfs.

Face à la nouvelle stratégie (des petits pas) des employeurs, l’intersyndicale CFTC-FO-CGC-CGT qui fonctionne maintenant depuis presque 1 an est-elle encore efficace ?

Tout d’abord, il est clair que pour gagner et sauver la CCNT 66 face à l’offensive des employeurs, l’unité syndicale sur des revendications claires est primordiale.

En élaborant une plate forme commune qui défende les qualifications, les métiers reconnus dans le secteur, les carrières liées à l’ancienneté, les congés trimestriels pour tous, l’augmentation des salaires, en appelant ensemble dans l’unité à la grève et aux manifestations le 30 septembre 2008, le 29 janvier et le 19 mars 2009, l’unité syndicale a permis aux salariés de se mobiliser en force et de faire échec provisoirement au projet des employeurs présenté le 5 décembre dernier.

La constitution d’intersyndicale départementale, dans de nombreux départements, a aidé largement à la mobilisation. Aujourd’hui, la situation est quelque peu différente.

Le SOP, le SNASEA, la FEGAPEI ont repris l’offensive et la maîtrise du temps. Ils font durer les négociations sur plusieurs mois.

Ils annulent la négociation du 19 mai pour faire échec à la mobilisation des salariés. Ils ont totalement la maîtrise de l’ordre du jour des négos, en imposant plusieurs séances de négos sur les filières et les soi-disant emplois déqualifiés en réussissant à ce que la question de la revalorisation des salaires ne soit pas abordée.

La stratégie de l’intersyndicale (F-O, CGT, CFTC, CGC-FE) doit donc en tenir compte. Je pense que l’intersyndicale doit se prononcer clairement sur la question des annexes et des filières et la question des métiers et emplois, cela devient central.

Sinon, l’intersyndicale aura perdu son efficacité pour défendre la CCNT 66.

La FNAS FO a fait des propositions pour améliorer la CCNT 66, l’actualiser, revaloriser les rémunérations, mieux reconnaître les qualifications, qu’en est-il ?

Les propositions de FO ont été données en commission paritaire en mars 2009.

À ce jour, elles n’ont pas été prises en compte, à la différence des propositions de la CFDT qui ont pu être présentées par leur négociateur sur proposition employeurs.

Nous voyons bien le choix délibéré des employeurs pour la mise en place des filières, des emplois, de la réintroduction de critères classant pour déterminer les salaires etc.

À LA VUE DU COMPORTEMENT DES EMPLOYEURS LORS DE LA NÉGOCIATION DE CE JOUR 10 JUIN 2009, LA GRÈVE DE 24H AVEC MANIFESTATION DEVANT LE MINISTÈRE À PARIS N’ÉTAIT PAS UNE VUE DE L’ESPRIT, ELLE S’IMPOSE !


Ils ont Licencié Plus
-  Dans la rubrique « Flanquez-moi tout ça à la porte », signalons quelques remarquables exemples de « réductions d’effectifs », toujours entre 2002 et 2006 : Alcatel Lucent : 50 %, Air Liquide SA : 48,7 %, Total SA : 29,50 %, Arcelor Mittal : 28,60 %, Essilor Intl : 24,80 %, etc. Ce sera autant de cotisations en moins pour la Sécu, donc pour notre santé et nos retraites.

Ils Ont Gagné Plus
-  Rassemblant 1 508 437 salariés, les entreprises du CAC 40 ont réalisé en 2006, des profits s’élevant à 95.742 millions d’euros, soit une augmentation de 1 494,10% entre 2002 et 2006. Relevons, dans ce brillant palmarès, Total SA : 12 590 000 € (+111,9%), BNP-Paribas : 7 308 000 € (+158,20%), Sanofi-Aventis SA : 7 040 000 € (+93,70%), EDF : 5 605 000 € (+1 065,30%), Arcelor Mittal : 6 349 000 € (+2 370,40%), etc.

Emploi : Miracle ou Mirage ?
-  Le chômage baisse pourtant… l’emploi ne va pas mieux ! C’est avec cette formule que notre Confédération a commenté les améliorations statistiques des chiffres de l’emploi dont se targue les pouvoirs publics. La conjoncture résulte essentiellement de la courbe démographique annoncée depuis quelques temps déjà.

Budget des salariés
-  Dans une étude sur la consommation des ménages en 2005, parue le 4 août, l’INSEE constate que les ménages français consacrent une part de plus en plus importante de leur budget au poste logement (24,7%), du fait de la hausse des loyers et de la diminution des aides publiques, et aux transports (14,9%). Il est à noter également, selon l'INSEE, que la consommation des ménages en volume a augmenté de 2,1% en 2005,tandis que leur pouvoir d’achat n’a progressé que de 1,1%, et que la hausse des prix s’est stabilisée à + 2 %.

Chômage et emploi
-  Depuis plusieurs mois l’annonce et la publication des chiffres du chômage provoquent, de la part du gouvernement, une communication euphorique, pas toujours en adéquation avec la réalité. Certes, la « cosmétique statistique » des chiffres est un artefact bien tentant pour ceux qui gouvernent. En fait, la baisse des chiffres du chômage résulte plus, des radiations multipliées et des effets de l’évolution démographique (150000 départs en retraite de plus qu’en 2004 et plus de 100000 emplois aidés supplémentaires) que d’une véritable reprise économique.

Très chère électricité
-  L’entreprise EDF, en dépit de résultats financiers mirobolants, persiste à augmenter sans cesse, ses tarifs. Tout le monde s'est pourtant indigné de l'extraordinaire augmentation du prix de l'électricité, sur le marché libre et donc spéculatif. Tout le monde, sauf le patron actuel d'EDF, Pierre Gadonneix. Lequel n'a pas craint de déclarer, pour s'en féliciter : "Peu à peu, les tarifs d'électricité réglementés par les pouvoirs publics vont se rapprocher des prix du marché". Comprenons qu'ils vont flamber, eux aussi ... Ouf, on a failli être contents !

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