FO, avec d’autres syndicats (CGT, FSU et Solidaires) et organisations de jeunesse, a appelé à une mobilisation interprofessionnelle le 27 janvier pour exiger une hausse des salaires, d’autant plus dans un contexte d’inflation galopante. Près de 170 cortèges ont été organisés dans toute la France, rassemblant 160 000 manifestants.

Augmentation générale des salaires, des retraites, des minimas sociaux, c’est l’urgence. C’est derrière cette banderole que s’est élancé le cortège parisien qui a réuni près de 20 000 personnes, le 27 janvier. Les manifestants répondaient à l’appel à la mobilisation interprofessionnelle lancée par une intersyndicale FO, CGT, FSU et Solidaires ainsi que par des organisations de jeunesse.

Plus de 170 manifestations ont été organisées sur tout le territoire, et notamment à Paris, Marseille, Lyon ou Rennes. Elles ont rassemblé près de 160 000 personnes, des salariés, des fonctionnaires, des retraités et des étudiants. Transport, nettoyage, commerce, hôpitaux, impôts… tous les secteurs professionnels se sont mobilisés, alors que le pouvoir d’achat est devenu la principale préoccupation des Français, dans un contexte de hausse de l’inflation (+ 2.8% en un an).

Aujourd’hui trop de salariés en activité ou de retraités font face à des difficultés pour se loger, se chauffer ou se déplacer et la réponse ne peut pas être des substituts ou des pansements au dernier moment, a prévenu le secrétaire général de FO Yves Veyrier lors d’une prise de parole avant le départ du cortège parisien. Il faisait notamment référence à la prime inflation de 100 euros qui doit être versée aux salariés gagnant moins de 2000 euros nets par mois. C’est donc que le gouvernement reconnait que le salaire médian (ndlr : 1940 euros net en 2021 selon l’Insee) est insuffisant, a-t-il souligné.

Le secrétaire général de FO a aussi dénoncé la nouvelle absence de coup de pouce au Smic ce mois de janvier. C’est sur la recommandation d’un groupe de soi-disant experts qui opposent salaire et emploi, a-t-il poursuivi. Je leur demande de vivre un an au Smic pour voir si son montant est trop élevé. L’ennemi de l’emploi ce ne sont pas les salaires mais les marchés financiers et la course à la compétitivité. Il a rappelé que les dividendes atteignaient de nouveau des niveaux record cette année.

FO exige toujours la reconnaissance des métiers de la deuxième ligne

Yves Veyrier a aussi dénoncé le gel de la valeur du point d’indice, la base de calcul des traitements indicières/salaires dans la fonction publique. Le gouvernement a demandé aux entreprises de faire des efforts, dans certaines branches où il y a eu des conflits, nous avons obtenu des hausses de salaire, a-t-il expliqué. Que le gouvernement fasse de même sur le Smic et le point d’indice. En effet, depuis ce début d’année, les actions de protestation se sont multipliées dans différents secteurs, avec des revendications portant en premier lieu sur les salaires et les conditions de travail.

Le secrétaire général de FO a aussi demandé au gouvernement de placer au cœur du plan de relance la revalorisation des métiers dits de la deuxième ligne, en termes de rémunérations et de perspectives.

Ces professionnels étaient bien représentés dans la manifestation parisienne, banderoles à l’appui. Samir Salmi, délégué central FO chez Sud Services (groupe Nicollin), travaille dans le nettoyage à la gare Montparnasse. Dans le cadre de la crise sanitaire, le gouvernement nous avait promis plus de reconnaissance, nous avons pris des risques énormes face au Covid, rappelle le militant. Mais lors des négociations sur les salaires, nous n’avons obtenu que des miettes. Nous attendions au moins la généralisation du 13è mois. Pour s’en sortir, certains salariés sont obligés de cumuler les emplois précaires et de travailler encore plus tôt et plus tard dans une même journée.
Dans sa profession où les marchés sont attribués par appels d’offre, il dénonce l’attitude des donneurs d’ordre qui ont profité de la crise sanitaire pour chercher à réduire encore les coûts et la masse salariale. Ils essaient toujours de nous priver du peu qu’on a, aujourd’hui, ils nous mettent en concurrence avec des robots, mais on se bat et on ne lâchera pas, prévient-il.

Dans le secteur de la prévention sécurité, les deux premiers coefficients de la grille salariale sont inférieurs au montant du Smic, depuis la revalorisation de ce dernier au 1er janvier. Lors des négociations de branche sur les salaires, les propositions patronales permettaient à peine de rattraper le Smic, toutes les organisations syndicales ont quitté la table des négociations, c’est du jamais vu depuis 15 ans, relate Alain Bouteloux, secrétaire fédéral à la FEETS-FO.

83% des postiers sous le salaire médian

Dans le secteur du transport, la fédération FO-UNCP n’a signé qu’un accord sur les salaires, dans la branche du déménagement, où les coefficients augmentent jusqu’à 7,2%. Dans les autres branches, soit les négociations sont encore en cours, soient les propositions patronales sont inacceptables. A cause des bas salaires et des difficiles conditions de travail, il manque 56 000 conducteurs routiers, 10 000 salariés pour les quais et l’exploitation, et 16 000 conducteurs de cars.

Un peu plus loin dans la manifestation, William, postier à Toulouse, porte une pancarte autour du cou : 83% des postiers ont un salaire en dessous du salaire médian français. A la Poste, il n’y a pas eu d’accord sur les salaires depuis deux ans. L’an dernier on nous a accordé une hausse de 0.2% alors que l’inflation était de 1% et cette année elle est bien inférieure à ce qu’on pouvait espérer, le premier niveau de salaire est à 300 euros par an au-dessus du Smic, soit moins de 30 euros par mois dénonce-t-il. Pour certains collègues dans les grandes agglomérations, ça devient compliquer de se loger.

Clément Poullet, secrétaire général de la fédération de l’enseignement, de la culture, et de la formation professionnelle FNEC FP-FO, a évoqué au micro le ras le bol des personnels de l’Éducation, dont les enseignants, qui étaient déjà dans la rue le 13 janvier ainsi que le 20 janvier pour dénoncer la gestion de la crise sanitaire du Covid-19. Ils exigent des moyens, c’est-à-dire des postes et du personnel bien payé, explique-t-il. Le gouvernement a dépensé des centaines de milliards d’euros pendant la crise mais rien pour l’école. Aujourd’hui on fait appel à des retraités ou à des bac + 2 pour remplacer les profs absents. Le gouvernement a profité de la crise pour tout dérèglementer. Il estime que les annonces du Premier ministre ne sont pas à la hauteur de la colère des enseignants. On a ouvert une brèche le 13 janvier, le combat doit continuer, dans le public comme le privé.

Prochaines réunions bilatérales avec le Premier ministre

Carine, fonctionnaire à la DGFIP (Finances publiques), est venue de l’Essonne. Au-delà de la question du gel du point d’indice, elle manifeste pour défendre le maintien d’un service public des impôts de qualité. Les agents des finances publiques sont une espèce en voie de disparition, alerte-t-elle. Sur le territoire, les petites trésoreries ferment et sont remplacées par des Maisons France Services, qui regrouperont aussi à terme la CAF ou la Sécurité sociale. Ce sont des coquilles vides avec un agent à l’accueil qui guide les usagers dans leurs démarches sur internet, explique-t-elle. Mais la fiscalité ça n’est pas simple, ça ne s’improvise pas, cette politique permet de supprimer des postes mais les usagers paient un lourd tribut. Faute de personnel, ils ne sont plus reçus, ils n’arrivent à joindre personne au téléphone et leurs mails restent sans réponse.

Les salariés des banques aussi sont descendus dans la rue. Anifa et ses collègues, de chez HSBC, dénoncent l’absence d’augmentations salariales depuis quelques années, l’arrêt de la participation, la fin de la majoration des heures supplémentaires… Il n’y a pas que des traders dans les banques, il y a aussi des Smicards, rappellent-ils. Et quand les prix flambent, le gouvernement accorde une prime de 100 euros. Mais c’est l’équivalent de 8 euros par mois, ça ne permet pas de vivre..

L’intersyndicale qui appelait à cette journée de mobilisation doit se réunir ce vendredi 28 janvier pour décider de la suite du mouvement. Elle sera élargie pour l’occasion à l’UNSA et à la CFE-CGC.

Par ailleurs, annonçait l’AFP dès l’après-midi du 27 janvier, le Premier ministre devrait recevoir les organisations syndicales et patronales pour des entretiens bilatéraux d’ici mi-février. Les discussions devraient notamment aborder les sujets de préoccupation des interlocuteurs sociaux. Ils ne manquent pas du côté de FO.

Clarisse Joceiin Journaliste à L’inFO militante

Le 28 janvier 2022